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Réflexion personnelle sur l'aïkido et les armes

Mis à jour : 2 déc. 2019

Quelques réflexions sur le travail aux armes. J'aimerais partager ce questionnement : qu'est-ce que l'utilisation des armes (boken, jo, tanto) m'apporte dans ma pratique de l'aïkido ?

Le texte qui suit a 2 fondements :

- des éléments tirés de l'ouvrage "AIKIDO : techniques d'armes" co-écrit par plusieurs CEN (chargés d'enseignement national) de la FFAB).

- mon expérience et mon ressenti personnels.


1) L'aïkido et les armes :


Toutes les biographies de O Sensei soulignent l'importance de l'étude des armes dans l'élaboration et la maturation de son aïkido . D'abord, dès son plus jeune âge, sous l'influence de son père, lui-même grand maître d'armes. Puis par son étude assidue auprès de différentes écoles d'armes traditionnelles jusqu'à l'âge adulte ;

Il semble donc y avoir un accord unanime sur le fait que l'aïkido "est né des armes". Pourtant, la relation travail aux armes / travail à mains nues soulève des questions récurrentes depuis des décennies.


Actuellement, les positionnements et les pratiques divergent selon les fédérations, les écoles, les professeurs. Par exemple, à l'Aïkido So Hombu, la maison mère, on n'utilise pas les armes.

Donc loin de moi l'intention de porter un quelconque jugement en la matière ! On peut néanmoins pointer plusieurs éléments d'analyse au sein de la FFAB :


a) les armes comme symbole de l'aïkido.

C'est le seul art martial où le professeur, au début du cours, place ses armes au Kamiza, signe que le travail qui va se faire n'est pas placé sous l'égide de la compétition mais sous celle de la lame du sabre, aspect martial s'il en est, symbole de vigilance, de recherche du temps juste, de purification technique, mais aussi à un niveau symbolique conscience de vie et de mort .

b) le travail aux armes, partie prenante de l'aïkido.

Ce travail, au moins ses rudiments, est reconnu par la réglementation actuelle des examens de passage de grades. La nomenclature technique fédérale comporte dès le shodan une interrogation sur tanto dori, jo dori et jo nage, ainsi qu'un travail en tachi dori, kumitachi et kumijo au sandan et yondan; Dans cette optique, le professeur est amené à enseigner des cours spécifiques aux candidats à ces examens.

c) le travail aux armes comme outil pédagogique:

Cet apport des armes peut être apprécié par différents aspects (sens de la coupe et de la pique, augmentation de la vigilance, des réflexes, sensation de l'espace-temps, approfondissement des bases de la discipline etc ...). Ces différents éléments sont développés dans le paragraphe suivant.


Tous ces points sont complémentaires, et il est indéniable, au bout d'un certain temps de pratique, qu'on retrouve le travail des armes dans le travail à mains nues. Toutefois, le second ne saurait être la simple transcription mécanique du premier, et c'est là tout l'art de l'enseignement ... et sa difficulté ! Mais on peut quand même reconnaître qu'il est difficile de "couper comme avec le sabre" (comme on l'entend souvent) alors qu'on n'a même jamais tenu un boken !


2) La pratique des armes ou les armes dans la pratique ?

La pratique de l'aïkido ne se confond pas avec la pratique des armes pour laquelle il existe des disciplines propres, telles que le kenjutsu, le kendo et le jodo par exemple, enseignées par des écoles d'armes spécifiques. Il s'agit plutôt ici de parler d'aïki-ken et d'aïki-jo, pratique du boken et du jo dans l'esprit de l'aïkido, où la référence aux armes donne un sens plus aigu à la pratique. A ma pratique en l'occurrence, comme je voudrais en témoigner par mon ressenti des qualités suivantes et les sensations bénéfiques que j'en ai retirées jusque là !

a) l'esprit de vigilance (zanshin) :

De l'entrée dans le dojo jusqu'à la sortie, de la réalisation des techniques avant, pendant et après, nous devons nous efforcer à rendre cette vigilance permanente. Ce n'est pas évident, mais l'apport de l'utilisation des armes sur ce point est rapidement sensible. Une arme, même en bois, peut sanctionner douloureusement le manque de vigilance. cela concerne aussi bien tori que aïte : celui qui reçoit l'attaque doit être en état d'en sentir le danger éventuel, et celui qui porte cette attaque doit être capable d'en contrôler le point d'impact et sa puissance.Car n'oublions jamais que l'intégrité physique des pratiquants est une préoccupation et une exigence permanentes. Enfin, le désarmement du partenaire et la récupération de son arme sont l'aboutissement efficient de cette vigilance. Tout cela développe de façon appréciable la précision des techniques.

b) la manière de regarder l'espace (metsuke) :

Il ne s'ait pas e se concentrer sur un ou plusieurs points, mais d'avoir une perception d'ensemble du dojo qui inclue autant d'éléments particuliers. Cela concerne les éléments matériels de cet espace (objets présents dans le dojo pouvant causer des blessures si on y est projeté, espacement entre les tatamis mauvais pour les orteils, miroirs etc ...). Mais cela concerne surtout la présence des pratiquants autour de soi : attention de ne pas éborgner le voisin en manipulant son arme, attention lors des projections !

Bien évidemment, cela s'applique de façon particulière en direction du partenaire, en regard duquel il ne faut pas se fixer sur l'arme qui attaque ni sur le bras qui la tient, ni manifester le moindre clignement indiquant une intention, une agressivité ou une crainte ... et ça ce n'est pas facile ! On dit habituellement qu'un regard neutre, au niveau du plexus du partenaire, est ce qu'il convient.

c) l'attitude mentale et corporelle (shiseï) :

Tenir correctement une arme à 2 mains exige une garde (kamae) correcte ! Cela induit un centrage du corps si l'on veut que l'attaque, ou la riposte, soient efficaces. Les différents éléments mis en place dès le shizentaÏ (position de base rappelée en début des cours) sont d'emblée sollicités lors du maniement des armes : verticalité, position du bassin, sensation d'appuis à la fois stables et mobiles ... Personnellement, ce que j'y ai trouvé de plus bénéfique, c'est le relâchement du haut du corps, cou-épaules-bras tellement indispensable dans le travail à mains nues !

d) l'intervalle espace-temps (ma-aï) :

La distance bien sûr : trop loin inefficace, trop près trop dangereux ! Le rythme aussi : savoir apprécier le moment du déclenchement de l'attaque pour décider de sa propre mise en mouvement, pour sortir de la ligne, pour entrer irimi, ni trop tôt ni trop tard ! Et puis retrouver le aï de aÏkido, qui nous fait évoluer dans la même respiration, en harmonie avec le ki du partenaire (kimusubi, ki-awase).

e) la confiance et la sincérité :

Les 2 marchent ensemble ! En prenant confiance dans le partenaire, tori apprend à ne plus appréhender les attaques de aïte, à ne plus cligner des yeux ou reculer de peur. En étant sincère et généreux dans son attaque, en apprivoisant cette appréhension de faire mal au partenaire (fréquente chez les débutants),aïte permet à tori de construire son travail technique. Cette compréhension mutuelle permet d'éloigner toute notion de complaisance ou de connivence. Elle facilite également les échanges de sensations, tactiles ou non, dans le travail à mains nues.

f) la justesse des placements et déplacements (taï-sabaki) :

Le risque de se faire couper ou piquer oblige à la sortie de ligne, une bonne protection nécessite de monter les coudes, le contrôle du centre du partenaire nécessite des prises d'angles correctes, la rapidité d'exécution demande des appuis mobiles. Toutes ces qualités sont mises à l'épreuve avec plus d'acuité dans le travail aux armes.

g) le cas particulier du travail au tanto (couteau) :

Très proche du travail à mains nues, il nécessite néanmoins la mise en place des éléments pré-cités, à cause notamment de la menace pressante de la pointe et du tranchant. Certains professeurs l'utilisent dans la réalisation de certaines techniques par tori, particulièrement pour montrer l'orientation du mouvement en direction de aïte (kotegaeshi, shihonage, uchi kaiten ...).


Je rappelle que cette analyse n'est pas exhaustive. Il s'agit de faire sienne ces qualités, de façon non ostentatoire, sans jouer au petit samouraï, mais par une étude et une pratique régulières. Rien n'est jamais totalement acquis, tout est à forger par la répétition et l'apprentissage

Domi.